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La Fête des Vignerons, le cinéma et Gustave Doret, 1905 / 1927 (volet 2)

Gustave Doret

- Delphine Vincent, Gustave Doret, onze arrangements pour le ciné, 1928, 27 p., PDF

Gustave Doret, onze arrangements par Stéphane Charpentier :

1. Pastorale (extraite de Tell), 1928, 4 p., PDF

2. Crépuscule (extrait de Tell), 1928, 8 p., PDF

3. Chant de révolte (extrait de Tell), 1928, 8 p., PDF

4. Malédiction (extraite de Tell), 1928, 4 p., PDF

5. Marche des Bataillons de Davel [extrait de Davel], 1928, 2 p., PDF

6. Marche funèbre (extraite de Davel), 1928, 4 p., PDF

7. Suite symphonique (Sur des motifs de Davel), 1928, 24 p., PDF

8. La Nuit des Quatre-Temps (extrait de l’Introduction), 1928, 2 p., PDF

9. Chanson (extraite de La Nuit des Quatre-Temps), 1928, 4 p., PDF

10. Danse satanique (extraite de La Nuit des Quatre-Temps), 1928, 8 p., PDF

11. Le Glacier (Mélodrame extrait de La Nuit des Quatre-Temps), 1928, 16 p., PDF

Albert Guillard

- Albert Guillard, Le portrait animé. Nouvelle dramatique villageoise et foraine au temps de l’apparition du cinématographe dans le canton de Vaud, 1928-1929, (Roland Cosandey, éd.), 20 p., PDF.

- Roland Cosandey, De la reconnaissance des vivants à la persistance des défunts. Une lecture du Portrait animé d’Alfred Guillard (1928-1929), 19 p., PDF.

Présentation

1. Le colloque Gustave Doret

Rappelons qu’à l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance de Gustave Doret (1866-1943), le programme d’études Musicologie et histoire du théâtre musical de l’Université de Fribourg organisait en septembre 2016 un colloque dirigé par Delphine Vincent et Louise Sykes. Son titre, Mythologies romandes: Gustave Doret et la musique nationale est celui des actes édités par Delphine Vincent, publiés en juin 2018 chez Peter Lang dans la collection de la Société suisse de musicologie (série II, vol. 61).

On peut se demander ce que vient faire dans Documents de cinéma un musicien comme Doret, compositeur actif en Suisse et en France, chef d’orchestre internationalement reconnu, associé au Théâtre du Jorat de René Morax, réformateur du chant choral et chroniqueur très lu, conservateur que l’on sait hostile aux innovations qui marquèrent son époque et pas seulement dans le domaine musical.
A part Arthur Honegger pour ses musiques d’écran et Emile Jaques-Dalcroze pour son apport réflexif, aucun autre compositeur suisse n’a été jusqu’ici associé au cinéma de la période dite du muet. Or, si le colloque a entraîné pour les musicologues une approche renouvelée de Doret, il a aussi déterminé quelques découvertes qui ont à voir avec notre domaine, à la grande surprise de chacun, il faut le dire.

En l’occurrence, la première raison d’inviter un historien du cinéma à intervenir dans un colloque sur Gustave Doret tenait au fait, à première vue assez ténu, que ce dernier figurait naturellement dans les films de la Fête des vignerons réalisés en 1905 et en 1927 comme chef d’orchestre dirigeant à chacune des éditions ses propres compositions. De fil en aiguille, pour ce qui est de la Fête de 1927, l’un des aspects qui s’est dégagé de l’étude de la diffusion des films tournés à cette occasion, ce fut la relation effective, dans les salles qui en présentèrent les images, avec la musique de Doret. On lira cela dans l’étude publiée dans les actes sous le titre de « Les premiers films de la Fête des vignerons, Vevey, 1905 et 1927 – du temps où le cinéma muet ne l’était guère ».

 

2. Doret : des arrangements pour le ciné

La recherche mit au jour deux autres éléments neufs. L’un relève de l’histoire intellectuelle du cinéma. Et même si les propos tenus par Doret, au gré de ses chroniques musicales, sur ce moyen auquel il déniait la qualité d’art font rarement du cinéma l’objet essentiel de sa réflexion, ils n’en sont pas moins caractéristiques d’un discours dont il faut tenir compte de manière non polémique, pour autant que l’on veuille bien rendre compte sans préjugé de la réception du cinéma, 7ème art ou pas. Ces textes ont fait l’objet d’une édition critique dans le premier volet de ce dossier.

Le deuxième élément, ce sont des arrangements pour le cinéma, onze partitions tirées en 1928 du répertoire lyrique du compositeur, qui avaient été dûment répertoriées par Pio Pellizzari dans le catalogue des œuvres de Doret publié en 1990, mais que personne ne s’était avisé jusqu’ici de considérer de près.
Ces partitions sont désormais accessibles en ligne dans Documents de cinéma grâce à la collaboration des archives musicales de la Bibliothèque cantonale et universitaire. Nous remercions vivement leur conservatrice, Mme Verena Monnier, de sa collaboration soutenue à notre projet.
Mais l’édition de telles œuvres n’aurait guère de sens si on se contentait d’y donner simplement accès. Aussi sommes-nous particulièrement heureux de pouvoir publier ici une analyse inédite des onze partitions de Gustave Doret destinées au ciné. Delphine Vincent (Université de Fribourg) a entrepris une approche comparative des œuvres originales de Doret et de leur arrangement par Stéphane Chapelier. Elle met en évidence ce qu’entraîne l’adaptation de musiques de scène à la fonction nouvelle de musiques d’écran et comment plus spécifiquement celles de Doret s’y sont prêtées. C’est à notre connaissance la première étude du genre pour le domaine musical suisse et nous sommes particulièrement reconnaissant à l’auteure d’avoir accepté notre proposition.

 

3. Il est vivant ! : « Une toile, une lumière, des images en rouleaux, c’est pas difficile »

Revenons à l’histoire intellectuelle du cinéma. Celle-ci se manifeste par le discours, critique ou autre, porté sur cet objet, et dans des textes qui ressortissent de l’imaginaire littéraire. L’existence d’images cinématographiques réalisées en 1905, lors de la première Fête des vignerons susceptible d’être filmée, a inspiré ou servi de prétexte à une nouvelle d’Albert Guillard intitulée Le portrait animé. Nous rééditons ce texte de littérature populaire, paru en feuilleton dans Le Forain genevois en 1928-1929, parce que son ressort dramatique est une variation du motif de la persistance des défunts, un thème qui apparaît dès la fixation photographique de l’apparence humaine et que son animation cinématographique est venue évidemment amplifier. Il offre aussi une évocation documentée, mais non sans réinterprétation romanesque, d’un cinéma forain que l’auteur semble avoir bien connu, ce qui nous renvoie indirectement à la production d’une maison comme The Charles Urban Trading Company, qui apparaît dans le répertoire de nos cinémas itinérants des années 1900, de la guerre russo-japonaise à The Vintner’s Festival, Vevey, 1905.
En sous-titrant son récit « Nouvelle dramatique villageoise et foraine au temps de l’apparition du cinématographe dans le canton de Vaud », Guillard fait d’ailleurs explicitement allusion à un passé que ses lecteurs ont pu connaître.
Nous aurons l’occasion de revenir dans Documents de cinéma à cette approche de l’imaginaire cinématographique que la réédition prochaine de L’Amour du monde de C. F. Ramuz (1925) par les éditions Zoé permettra d’aborder en évoquant d’autres textes littéraires romands.

Roland Cosandey

Juillet 2018

 

Mis en ligne par Maud Kissling.
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