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Hommage à La Sarraz 1

Hommage à La Sarraz (CICI 1929): CS décembre 2009

Neuf notices pour un programme (projections du 09.12.2009)

1. Tempête sur La Sarraz

"Making of" photographique de Pierre Zénobel, 1929.

Collection Cinémathèque suisse. Montage Vincent de Claparède.

Lors du tournage de la pochade qui sera nommée ultérieurement « Tempête sur La Sarraz », le décorateur Pierre Zénobel, un familier de Mme de Mandrot, photographia l’équipe, sa Debrie 35mm, son réflecteur, les acteurs improvisés et quelques situations.

Considéré comme disparu, le film a bel et bien existé, malgré les doutes de certains. On sait qu’il fut projeté à Tokyo par la Ligue japonaise du cinéma prolétarien en juin 1930.

Pour plus de détails, voir "Tempête sur la Sarraz", qui présente ces images en ligne.

Les tirages originaux ont été déposés à la Cinémathèque par M. Jean-Marie Pilet, ancien président de la Maison des Artistes de La Sarraz.

2.

Spiritisme abracadabrant, Star Film (Georges Méliès), France 1900, 35mm, 20,1 m. 1’

La vengeance du gâte-sauce, Star Film (Georges Méliès), France 1900, 35mm, 16,3 m., 53’’

Repas fantastique, Star Film (Georges Méliès), France 1900, 35mm, 16,3 m., 53’’.

 

Rétrospection

A La Sarraz, Alberto Cavalcanti présenta une « bande historique » sur le cinéma français, qui comprenait « un des extraordinaires films précurseurs de Méliès » (voir Archives, n°84, p. 24). L’idée d’une histoire du cinéma par le cinéma fut appliquée par Marcel L’Herbier pour ses conférences sur l’art cinématographique, comme par André Ehrler, critique et enseignant genevois, à la fin des années 1920.
L’exposé de Cavalcanti fit l’objet d’une traduction parue en 1930 dans Experimental Cinema (Philadelphie) sous le titre de « Evolution of Cinematography in France ». Il y est précisé que « A composite reel made up of a resume of cinematic work in France since 1893 and selections from French films were projected to illustrate the talk at Sarrez [sic]. », (Experimental Cinema, n°2, juin 1930, pp. 5-6).

La même livraison contient un article de Léon Moussinac intitulé « From George Méliès to S. M. Eisenstein », qui s’ouvre sur la phrase suivante :

« Through mere coincidence the films of George Méliès, produced from 1902 to 1912, and the last work [Old and New, c’est-à-dire La ligne générale] of S. M. Eisenstein and Alexandroff, Soviet directors, were projected in Paris during the same week. » (op. cit., pp. 21-22).

1929, année où se précipite le basculement vers le 100% sonore, est un moment déterminant pour le rapport cinéphilique envers le passé. Le regard porté sur une histoire cinématographique courte, mais apparaissant déjà si lointaine, passe par la programmation, dans les salles de répertoire, souvent dans un climat d’étonnement amusé, voire de dérision, de réalisations comme L’assassinat du Duc de Guise (1908). Mais c’est aussi l’affirmation de primauté (Emile Cohl, « père du dessin animé ») et l’occasion de découvertes surprenantes. C’est le cas d’une douzaine de films de Méliès, resurgis publiquement à l’occasion du fameux Gala Méliès (Salle Pleyel, le 16 décembre 1929), un Méliès dont on s’étonna qu’il fût encore vivant, avec lequel, dans les années 1930, Hans Richter caressa un projet de collaboration, et que vint visiter en 1937 l’un des futurs fondateurs des Archives suisses du film (Bâle), Peter Bächlin.

 

Un Méliès nouveau

Les trois films de 1900 retenus dans notre programme viennent enrichir le renouvellement de la connaissance de Méliès, que l’on peut dater symboliquement de l’année du premier Colloque de Cerisy consacré au cinéaste, en 1981, et dont l’aboutissement, en terme de circulation de l’oeuvre, est marqué, à l’issue de multiples redécouvertes de copies et de restaurations, par deux coffrets dvd : Méliès le cinémagicien (2001) et Georges Méliès, le premier magicien du cinéma (2009).

Dans l’entre-deux-guerre, selon une perspective qui durera bien au-delà, l’attention avait été portée à ses films les plus narratifs, où l’on voulait voir des éléments de ce qui allait devenir LE langage cinématographique (continuité spatio-temporelle, variation de l’échelle des plans, montage).

Aujourd’hui, la connaissance et la reconnaissance de la production de Méliès, conformément d’ailleurs à la répartition statistique de sa production de quelque 500 titres, fait du film court le centre de gravité d’une œuvre reposant sur une trucographie des plus inventives et des plus précises.

A cet égard, les courtes bandes du Fonds Balissat, une collection trouvée à Vevey, au Musée suisse de l’appareil photographique, Spiritisme abracadabrant, La vengeance du gâte-sauce et Repas fantastique, toutes réalisées en 1900, sont particulièrement représentatives de ce genre comique nommé alors « films à trucs ».
On en trouvera une description dans Roland Cosandey, Cinéma 1900. Trente films dans une boîte à chaussures (Payot, Lausanne, 1996), ouvrage que la faillite de l’éditeur a fait disparaître des librairies, mais que l’on peut encore acquérir avantageusement chez l’auteur…


rc / 10 décembre 2009

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3. Tusalava

Len Lye, GB 1929, copie 16mm, muet, 7

Générique de la copie 16mm projetée (réduction d’une copie 35mm, National Film Archive, Londres) :

- The / Film Society / Presents

- Tusalava

- Design / Len Lye / Music / Jack Ellit

 

Une production libre

Le 1er CICI, comme le second à Bruxelles en 1930, est un lieu où se manifeste une activité de défense et d’illustration qui prend la forme de l’actualité et de l’exemplarité. On lira à ce sujet la lettre de Robert Aron figurant dans ce dossier.

Resitués dans leur époque, des films "redécouverts" ultérieurement de génération en génération, s’avèrent le plus souvent avoir intensément circulé en leur temps. Première oeuvre du néo-zélandais Len Lye (1901-1980), Tusalava (1929) appartint d’emblée au répertoire des salles spécialisées et des ciné-clubs.

Il correspondait de manière exemplaire à l’une des visées du CICI, la mise en place de formes de production indépendantes du marché, puisqu’il fut soutenu par la Film Society (Londres), représenté à La Sarraz par Jacks Isaacs et Ivor Montagu, et par l’écrivain Robert Graves.

La première de Tusalava eut lieu lors de la 34ème séance de la Film Society (5ème saison, Tivoli Palace, Strand, Londre, 1er décembre 1929).

Le livret du programme présente l’œuvre par la notice suivante :

Mr Lye is an Australian artist resident in London. Nearly two years ago, having completed the plans and about half of the drawings, he approached the Film Society with the object of receiving collaboration in finishing his work. For a period assistance was given, but the completion of the work was finally made possible by Mr. Robert Graves. Animated line drawings have hitherto been employed only in comic cartoon and, once, in the absolute experiments of the late Mr. Viking Eggeling.

« "Tusalava" *is a drawn film relying on the intrinsic form to convey the meaning without the use of "mounting" or camera technique to heigthen the sequence. Rather , the for mis developed continually from the original motif i.e, dots, without the motif leaving the screen

The climax develops into an attacking element which annihilates a "self" shape but in so doing is itself annihilated» L. L.

(«* Tusalava is a polynesian word implying that "eventually everything is just the same". L.L.)

Le programme de cette soirée de la Film Society, un ciné-club créé en 1926, était composé des films suivants :

La nuit électrique, Eugène Deslaw, Belgique, 1920

Athalia, Queen of Judah, Pathécolor, France, 1910

The Frog, Percy Smith, British International, GB 1929

Tusalava, Len Lye, GB 1929

Nuri, the Elephant, Henry Stuart, Stoll Prod., All., 1928

Source : The Film Society Programmes 1925-1939, Arno Press, New York, 1972.

 

Histoire de copie

Tusalava ne figura pas au programme du CICI 1929. La copie que possède la Cinémathèque suisse rejoint la collection à la suite de la rétrospective mise sur pied en 1979 à Lausanne par Freddy Buache, « Cinéma indépendant et d’avant garde à la fin du muet ».

Au générique figure la mention d’une musique de Jack Ellit, compositeur australien, collaborateur de Len Lye pour le son de la plupart de ses films des années 1930. A la Film Society la projection fut effectivement accompagnée en live par une composition pour deux pianos signée Jack Ellit, mais le film ne fut pas sonorisé ultérieurement avec cette musique et la partition est donnée pour perdue.
Un fragment (4’52) de Journey #1, pièce de musique concrète composée par Jack Ellit aux débuts des années 1930, figure dans le CD Artefacts of Australian Experimental Music: 1930 – 1973, Shame File Music, 2007.

On trouvera Tusalava sur www.youtube.com, avec diverses propositions musicales.

Sur Len Lye, voir : http://www.govettbrewster.com/LenLye/work/film/filmography.htm


rc / 10 décembre 2009

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4.

Bulles de savon / Seifenblasen, Slatan Dudow, All./ F., 1934, version 16mm, muet, sous-titres allemand - français, 378 m., 34’.



Histoire de versions


Créée en 1912 par l’Union syndicale suisse et le Parti socialiste, la Centrale suisse d’éducation ouvrière (Schweizerische Arbeitersbildungszentrale, CSEO/SABZ, Berne) recourut, dans les années 1930-1960, au cinéma pour son travail éducatif et politique.

Excluant en principe les films révolutionnaires soviétiques pour d’évidentes raisons idéologiques, son répertoire comprenait des productions étrangères, dont L’Idée de Berthold Bartosch (F 1934, d’après l’œuvre homonyme de Frans Masereel), acquises en copie 35mm.

La plupart de ces films furent tôt dupliqués au format 16mm, d’un maniement plus souple. Probablement pour des raisons techniques (dans les années 1930, le transfert du 35mm sonore en 16mm sonore n’est pas encore au point dans les laboratoires de tirage suisses), cette adaptation s’accompagnait d’une modification du film original, si celui-ci présentait des éléments sonores (voir ci-dessous, notice 5 : Der Tag des Arbeiters / La journée du travailleur).


Tourné à Berlin en 1933, Bulles de savon était doté à l’origine d’une musique et d’un dialogue post-synchronisé en français, le film ayant été achevé sous cette forme en 1934 en France, où s’était réfugié Slatan Th. Dudow (1903-1963), Bulgare de nationalité et membre du Parti communiste allemand (KPD).

Le programme en montre la version muette 16mm établie par la CSEO, le nitrate 35mm qui subsiste dans le même Fonds CSEO conservé par la Cinémathèque suisse n’ayant pas encore fait l’objet d’une duplication.


Le film de Dudow fut particulièrement mis en valeur par la CSEO, comme en témoigne le document donné ici, un prospectus illustré publié en allemand et datable de 1938.

Seuls quelques autres oeuvres furent traitées ainsi par la Centrale : Die Weber (Friedrich Zelnik, All. 1927), Tempête sur l’Asie (V. Poudovkine, URSS 1928), L’homme d’Aran (Robert Flaherty, GB 1934).

Très attentif à la question du cinéma, Hans Neumann (1897-1961), secrétaire de la CSEO de 1932 à 1961, entretint avec Slatan Dudow une correspondance dont le volume, sinon l’importance, doit encore être évalué. Les quelques éléments que nous en connaissons de deuxième main permettent d’affirmer qu’entre 1937 et 1939, Neumann se fit le truchement, pour la diffusion de Bulles de savon, entre le cinéaste établi à Paris et des organisations éducatives socialistes en Scandinavie, Belgique, France, Tchécoslovaquie.

Cette correspondance, qui comprend également un important échange inédit avec Bertold Brecht, est conservée aux Archives nationales française (Correspondance Duda Film, Archives nationales, Paris, dépôt AB/XIX/3562/6), les papiers du cinéaste ayant été saisis lors de son départ de France, fin 1939 ou début 1940. Dudow passera les années de la guerre en Suisse, à Ascona.

 

L’acquisition de ce film et son usage par la CSEO dès 1938 font l’objet d’un article de Roland Cosandey, « Slatan Dudow, Bulles de savon (1934) et la Suisse, ou : La circulation des copies », 1895 (Paris), n°60, mars 2010. Ce texte complète une étude de Mélanie Trugeon, « Un cinéaste antifasciste à Paris : Slatan Dudow (1934-1939) », fondé sur la correspondance préservée à Paris, dans le même numéro.

Notons que Bulles de savon fut montré en Suisse vers la mi-février 1935 déjà, à Bâle, dans une circonstance que nous ignorons encore, mais certainement dans sa version 35mm sonore.

 

 

Une fable


La fable que raconte Bulles de savon est étroitement liée à la crise économique, mais au lieu d’être centrée sur un personnage de prolétaire, comme beaucoup de films politiques allemands des années 1927-1932, c’est le sort d’un employé qu’elle narre.


Sur un mode humoristique aux accents chaplinesques, la saynète s’inscrit entre deux dates, 1932 et 1934, pour raconter la chute d’un jeune cadre, licencié malgré ses qualifications – c’est la crise ! - passant de l’état de chômeur à celui de clochard, sa tentative illusoire de commercialiser des bulles de savon, sa complicité avec un compagnon d’infortune qui fut naguère chauffeur dans la même entreprise, le vol burlesque d’une paire de chaussures. Le récit s’achève sur une fin ouverte, mais non moins sarcastique : un chômeur, ça ne peut finir que derrière les barreaux…


Deux métaphores structurent le récit : celle des fragiles bulles de savon – illusion, rêverie, souhait – et celle des marches de l’escalier, que l’on descend plutôt qu’on les gravit, dans un mouvement qui rappelle ce personnage d’Inflation de Hans Richter (All. 1928) passant uniment de l’état de bourgeois à celui de mendiant.



Histoire de copies (bis)


Même œuvre, mais film sonore ici et film muet ailleurs : pour l’historien, il est évident que chaque copie - malgré ce terme de "copie" - présente des singularités significatives et que ces singularités renvoient à un territoire et à un contexte spécifiques qu’il importe d’identifier.

Bulles de savon, mais aussi Heart of Spain ou La journée du travailleur (voir notices 5 et 6) illustrent de manière exemplaire cette exigence dont la reconnaissance et les conséquences méthodologiques qu’elle entraîne sont encore loin d’être acquises, autant chez les archivistes et les historiens que chez les éditeurs de dvd et les compilateurs de "métadonnées".

Il suffira de consulter la notice de Seifenblasen ou de Der Tag des Arbeiters dans www.memobase.ch pour s’en convaincre.


Nous avons établi le relevé parallèle des dialogues de la copie 35mm et des intertitres de la copie 16mm de Bulles de savon, toutes deux conservées à la Cinémathèque suisse dans le Fonds CSEO/SABZ.

Précisons que la réduction 16mm, qui n’est de loin pas de première génération, ne provient pas de ce nitrate 35mm d’époque.

Ce dernier, par contre, pourrait correspondre, à quelques lacunes près, à ce qu’était le film dans sa version française originale.

 

Slatan Dudow, Bulles de savon / Seifenblasen (1934). Version sonore et version muet : dialogue et intertitres (pdf)

 

rc / 12 mars 2010

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5.

Der Tag des Arbeiters / La journée du travailleur, années 1930, 35mm, image avec son (musique), intertitres allemand et français muets, 395 m., 14’


L’énigme

La journée du travailleur est une énigme. La CSEO/SABZ (voir notice 4) en utilisa une copie 16mm muette, intertitrée en allemand (correct) et en français (pas toujours correct), donnant ce film sans auteur spécifié comme une production d’origine tchèque.

Cette copie procède de l’adaptation et de la réduction d’une copie 35mm, conservée dans le même fonds sous la forme d’un mixte sonore et muet, les images étant dotées d’une piste sonore musicale, les cartons d’intertitres bilingues allemand et français introduisant abruptement du silence. C’est sans doute la version qui a servi au tirage de la réduction 16mm, qui n’a pas de piste sonore.

Nous montrons le 35mm en l’état, malgré l’expérience pénible de l’irruption du silence à chaque apparition d’un carton de texte.


L’hypothèse

L’énigme se situe en deça. Il semble bien qu’à l’origine la musique ait été expressément composée pour ces images, des images largement, voire totalement, empruntées à des sources antérieures - tchèque, soviétique, anglaise- , de non fiction comme de fiction. Leur montage fait de ce "Kompilationsfilm » politique un ensemble d’une grande habileté formelle et rhétorique.

Nous faisons l’hypothèse d’une œuvre originale combinant image, musique et texte en intertitres, ce qui signifierait que les cartons bilingues des deux copies du Fonds CSEO / SABZ pourraient avoir été placés à l’emplacement originel.


L’enquête

Menée en été 2009 dans le cadre du Master cinéma, option Archives (Université de Lausanne et Cinémathèque suisse), une enquête auprès d’archives nationales et d’historiens spécialisés dans le domaine aujourd’hui bien balisé de ce genre de productions, a cherché à faire la lumière sur La journée du travailleur, qui n’apparaît dans aucune filmographie connue.

Nous pensons au moins avoir confirmé que le film pouvait difficilement être d’origine tchèque… Ni le compositeur, ni a fortiori le réalisateur et l’instance de production n’ont été identifiés et la recherche continue.

 

Quant à l’usage par la CSEO d’un film qui annonce un avenir radieux quand sera réalisée l’appropriation des moyens de production par les producteurs eux-mêmes, il faudrait pouvoir le documenter avec précision, car il fut certainement fonction de l’opportunité politique d’un tel message auprès des militants et des électeurs du Parti socialiste suisse, durant une période qui va du milieu des années 1930 aux années 1950.


rc / 10 décembre 2009

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6.

Heart of Spain, Herbert Kline, Geza Karpathi, Paul Strand, Leo Hurwitz, USA 1937, version anglaise, 35mm, sonore, nitrate 850 m., 31’.


Relevé du générique:


- Frontier Films presents

- Heart of Spain

- Documented in Spain / by / Herbert Kline / Geza Karpathi

- Material scenarized / and edited by / Paul Strand / Leo Hurwitz

- Commentary by / David Wolf / Herbert Kline // Narrated by / John 0’Shaughnessy

- Music arranged by / Alex North // Photography by Geza Karpathi

- Produced with the co-operation / of the Canadian Committee to / Aide Spain and The American / Medical Bureau to Aid Spanish Democracy // a Garrison release


De Heart of Spain, l’un de plus fameux films réalisés pour faire campagne en faveur de la République espagnole, la Cinémathèque suisse conserve trois copies, qui sont autant de versions singulières,.

Celle que nous projetons est entrée dans les collections en 1966 et provient de la Cinémathèque française. Elle correspond probablement à la version de distribution canado-américaine. S’agissant d’une copie nitrate, elle date probablement d’avant les années 1950.


Les deux autres copies appartiennent au fonds de la Centrale sanitaire suisse, une organisation de médecins affiliés au Parti communiste ou compagnons de route, créée pour venir en aide à l’Espagne républicaine après le putsch franquiste, alors que cette activité est interdite par le Conseil fédéral.

Si elles reposent sur la version française de Heart of Spain, intitulée Cœur d’Espagne, adaptation française du commentaire établie par Nina Martel-Dreyfus, elles n’en présentent pas moins des variantes significatives, qui traduisent un accommodement évident à la sensibilité politique suisse.

Le film reste toutefois fortement "brigatiste", faisant reposer son appel sur l’idée du peuple en armes et illustrant la solidarité de ses composants par l’activité de l’Unité mobile de transfusion sanguine, créée par le chirurgien canadien Norman Bethune et mise au service des Brigades internationales. Des bras nus, étendus le poing serré pour la prise de sang, aux poings dressés pour le salut communiste, on devine aisément quelles images auront été rendues plus discrètes pour défendre la cause en Suisse.


rc / 10 décembre 2009

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7.

Film russe, Erwin Huppert, CH 1972, 16mm, sonore, noir et blanc, 52 m., 4’38



Aucun cinéaste suisse ne s’est réclamé du CICI 1929. Il faut dire que l'histoire du congrès ne fut évoquée que tardivement, en dehors de la tradition francophone représentée par Freddy Buache et les complicités que ce dernier établit avec Bernard Chardère (Premier Plan, Lyon) et Raymond Borde (Cinémathèque de Toulouse).
Ce réseau extra-parisien renouera, symboliquement du moins, avec la manifestation de 1929 en inaugurant en 1963 une nouvelle série de rencontres dont le sigle identique se déclinera rapidement en Congrès indépendant du cinéma international.

Aucun, à l’exception d’Edwin Huppert, en 1972.


Film russe


Le CICI 1929 surgit sous la forme de quelques photographies connues, insérées dans le tohu-bohu d’images que déploie son Film russe, réalisation qu’une voix off précise avoir été « festgestellt im Mai des Jahres 3973».


Doté d’intertitres facétieux en caractères cyrilliques, le montage met Léman, Lavaux, Lausanne sens dessus dessous, associe, sur fond de sons brouillés, de chœur russe et de fanfare, les escaliers de la ville et ceux d’Odessa, le CICI 1929 et la célébration locale du 1er mai.

La même année, Truffaut plaçait la revue lausannoise Travelling dans un plan de La nuit américaine, Huppert, lui, montre en gros plan la brochure de Hans-Peter Manz que la Cinémathèque venait de publier en décembre 1971 : Sauvegarde du patrimoine cinématographique suisse.

Et pour cause : le dernier intertitre de Film russe comporte le texte suivant :

Ce film a été trouvé dans le dépôt d’ordures à l’emplacement que d’anciens historiens décrivaient comme « Lac Léman ».

Daté au carbone 14, il a dû être tourné vers l’année 1972. On suppose que le son et les couleurs furent partiellement effacés par des retombées radioactives.


Erwin Huppert


C’est l’occasion de rappeler l’oeuvre d’Erwin Huppert (1923-2001). De la production de cet Autrichien, arrivé en Suisse en 1943, marionnettiste, chef-opérateur, collaborateur de l’ouvrage d’Henriette Dujaric, La technique du film (Paris, 1973), la Cinémathèque conserve une dizaine de titres dans des copies en piteux état, et cette collection ne comprend pas certains des films le plus souvent cités, par Bruno Edera dans son Histoire du cinéma d’animation suisse (1978) ou par F. Buache dont la page sur Huppert reste la référence la plus complète sur le cinéaste (Le cinéma suisse 1898-1998, L’Âge d’homme, Lausanne, 1998, pp. 109-110).


Cette production très outsider compte trente-sept courts métrages réalisés en 16mm de 1950 à 1988, selon une filmographie esquissée par Philipp Grütter, pour le cours Archives du Master cinéma en août 2008.


A la Cinémathèque, on trouve les titres suivants et quelques matériaux de travail :


Les pélerins du soleil (1957)

Les Inutilitaires (1966)

Pour toi mon amour (1970)

Film russe (1972)

Trois films pour faire rire jaune les gens qui pissent froid (1975)

Ça c’est du classique (1983)

La vie simple Monsieur Ménir (1988),

Je t’aime, je te déteste (s.d.)

Une leçon de piano à Genève (s.d.)

Recherches dans l’intérêt des familles (s.d)


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8.

[Eisenstein en Suisse], CH 1929, 35mm, 2


Voir [Eisenstein en Suisse], 1929

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9.

Hommage à La Sarraz, Lutz Dammbeck, RDA 1981, 12’ (35mm, projection en dvd, avec l’autorisation de l’auteur)


Film contre-révolutionnaire, selon les catégories des fonctionnaires culturels de la DDR, Hommage à La Sarraz prend prétexte la réunion des cinéastes du CICI 1929 pour déclencher, en toute indépendance, sa déflagration de formes et tisser son tapis de sons.

S’inscrivant dans un ensemble de manifestations artistiques protestataires, qui culminent pour Dammbeck dans une série d’expositions- performances intitulée Mediencollagen (Leipzig, 1984-1988), ce film, dont Thomas Plenert assura l’image, en déploie à sa manière les éléments multi-médiaux (dessins, animation, collage, superposition, citations sonores ou visuelles, installations filmées, etc.) et la subversion rhétorique.


Cette période du plasticien et cinéaste Lutz Dammbeck est accessible en édition vidéo :

Lutz Dammbeck, Filme und Mediencollagen 1975-1986, Filmmuseum Potsdam, 2008.

Mais on peut souhaiter qu’une copie 35mm rejoigne bientôt les collections de la Cinémathèque suisse, tant cet hommage inattendu appartient, nous semble-t-il, à ce que pourrait être l’esprit de La Sarraz.



Programme et notices : Roland Cosandey


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