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Marginalia (à la recherche d’un centre)

Pourquoi s’intéresser aux boîtes ? Ce que j’ignore peut-il servir ? Un avatar digitalisé équivaut-il à sa source ? Pourquoi le projectionniste ne vient-il pas parler aux spectateurs ? Les archives sont-ils des temples ? Que savoir pour mieux voir ? Marginalia évoque ces questions en quelques apologues tirés de l’expérience du chercheur.

 

Marginalia (à la recherche d’un centre), 11 p., PDF

1. Fondée en 1947, sur la base d’une activité de collection menée dès 1935 par Mario Ferrari (1910-1938), Alberto Lattuada (1914-2005) et Luigi Comencini (1916-2007), auquel s’associera son frère Gianni Comencini (1921-2005), la Cineteca italiana, membre de la Fédération internationale des archives du film (FIAF) dès 1948, célébrait en mars de cette année septante ans d’activité.
Parmi les événements liés à cette circonstance durant toute l’année 2017, retenons l’intégration de la bibliothèque de cinéma du critique Morando Morandini (1924-2015) – quelques milliers de titres - à celle de la Cineteca, et un colloque intitulé The Future Behind Cinema. Images in the Age of Immaterial, dont la réunion avait été confiée à Paolo Cherchi Usai (George Eastman House, Moving Image Dept.).
Ce dernier avait été l’auteur des réflexions sur l’état des cinémathèques parues en ouverture de l’ouvrage réuni par Franco Casetti en 2005, La Cineteca italiana. Una storia milanese (Il Castoro, Milan), où on lira un historique de l’institution établi par Luisa Comencini.

2. Luigi Comencini et Peter Bächlin, l’un des fondateurs des Archives suisses du film en 1943, étaient en relation avant la guerre déjà, alors que ce dernier s’occupait du ciné-club bâlois Le Bon Film. En septembre 1945, avec Luciano Emmer, Lattuada et Comencini participèrent au congrès Cinéma d’aujourd’hui, à Bâle. Quelques mois auparavant, probablement à l’occasion d’une invitation de journalistes français en Suisse, Henri Langlois y avait rencontré les deux hommes pour préparer la candidature de leur institution dans la Fédération internationale des archives du film, comme nous l’apprennent les archives de la FIAF (merci à Christophe Dupin, secrétaire général). La Cinémathèque suisse, qui prit à Lausanne le relais des Archives bâloise en 1948-49, et la Cineteca italiana poursuivirent ces liens dès les années de leur création.
Ce petit rappel pour signaler ici une circonstance contemporaine particulièrement exceptionnelle.
En 2006, la Cinémathèque suisse dupliquait Der letzte Postillon vom St. Gotthard réalisé en 1941 par Helmut Heuberger, pour apprendre quelque temps plus tard que la Cineteca italiana conservait le négatif d’un film intitulé Il vetturale del San Gottardo. Ce titre s’avéra ne pas cacher la simple traduction de la réalisation suisse, mais l’adaptation italienne contemporaine du scénario de Heuberger, que la maison de production zurichoise, Heimat-Film, avait apparemment tenté de co-produire sans effet!
Les deux institutions collaborèrent à la restauration de la version italienne en 2010-2011. Au moment où nous écrivons, les deux films sont accessibles sur l’internet, le premier à l’adresse www.youtube.com/watch, le second, tourné pour les extérieurs dans les Abruzzes en 1942 par la Venus Film I.N.A.C. de Rome, réalisé effectivement par Hans Hinrich, mais signé par Ivo Illuminati pour raison de correction raciale, en allant à cette adresse.

3. Du 22 au 24 mars 2017, pour le colloque mentionné plus haut, la Cineteca italiana, dirigée aujourd’hui par Matteo Pavesi, avait réuni à la Manifattura Tabacchi, viale Fulvio Testi 121, un auditoire fait en grande partie d’étudiants en histoire de l’art et en arts du spectacle. Aussi notre communication s’adressa en particulier à ce public, qui découvrait à cette occasion quelques aspects du travail des archives et certains de leurs enjeux aussi bien institutionnels que méthodologiques.
Les petits apologues dont est fait Marginalia (à la recherche d’un centre) reposent sur notre pratique de chercheur et sur notre expérience d’enseignement dans le cadre de l’option Archives proposé depuis 2006 en master cinéma par l’Université de Lausanne, où nous avons donné jusqu’en 2017 un module intitulé “Du dépôt à l’écran. Restitution du spectacle cinématographique”.

Fin octobre 2017, la Cineteca italiana, qui se visite à Milan, mettait en ligne une partie des interventions du colloque de mars : http://www.cinetecamilano.it/festival/cineteca70.

Roland Cosandey

Novembre 2017