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Film

Cría cuervos

Espagne · 1976 · 110'
Cría cuervos

Ana, 9 ans, ne dort plus la nuit dans la grande maison madrilène familiale. Ses parents sont morts récemment. Sa mère s'est éteinte de chagrin et de dépit amoureux, son père a succombé à une maîtresse vengeresse. Témoin de ces deux morts malgré elle, Ana refuse le monde des adultes et s'invente son univers. Elle s'accroche à ses rêves et ses souvenirs pour faire revivre sa mère et retrouver son amour. Elle remplit son quotidien de jeux qu'elle partage avec ses soeurs.

« Cría Cuervos est l’un des plus beaux films restituant le climat régnant en Espagne sous la dictature de Franco. Il est aussi l’un des rares à avoir su relater en direct le drame de cette époque : en effet, les trente années de régime totalitaire, en privant les cinéastes de toute liberté, ont étouffé tout regard critique sur la société. La guerre civile espagnole avait pourtant suscité un certain bouillonnement cinématographique et fait naître de nombreux documentaires militants ou de propagande. Mais l’avènement de Franco en 1939 coupe court à cet élan : les talents partent en exil, la censure affûte ses armes. Comme dans toute dictature qui se respecte, le cinéma devient un outil d’endoctrinement idéologique. Comédies, mélodrames, niaiseries (la star du genre restant l’enfant prodige Joselito) se partagent les écrans avec une pléiade de films historique. Ces derniers sont le vecteur idéal des idéaux de la dictature, avec des héros militaires ou religieux, garants de la morale et de l’ordre. Franco signe même le scénario de l’un des fleurons les plus emblématiques du genre : Raza (1941), monument patriotique et religieux. « Il est possible d’y voir une transfiguration des frustrations et ambitions du Caudillo : sa vocation de marin brisée par la chute de l’empire espagnol ; sa volonté d’affirmation et d’ascension sociales ; son puritanisme sexuel et l’idéalisation de la femme-mère ; les valeurs familiales et militaires comme essence de la « race » hispanique. » (in Dictionnaire du Cinéma, sous la direction de Jean-Loup Passek). Un sursaut de créativité surgit au début des années 50 grâce à Bienvenue Mr Marshall (1952) de Luis G. Berlanga, une satire de l’Espagne profonde, et Mort d’un cycliste (1955) de Juan Bardem, qui traite du fossé séparant les classes dirigeantes de la classe ouvrière. Mais ce réveil du cinéma espagnol reste de courte durée. Les années 60 sont celles des sous-genres, westerns-spaghetti, films d’horreur ou comédies sexy, même si de vrais talents parviennent à émerger : parmi eux, Victor Erice et, bien sûr, Carlos Saura.
Saura parvient à tourner plusieurs films très virulents envers le régime en place. Bridé, son style en devient justement plus puissant : tout se passe au niveau du symbole et de la métaphore. Cría Cuervos (1975) en est l’exemple le plus frappant. La famille pesante et étouffante n’est rien moins que l’incarnation métaphorique de la société espagnole toute entière. Le père y serait Franco, la mère défunte pourrait y être la république d’hier, la grand-mère le souvenir de l’Espagne d’avant la guerre civile, tandis que la jeune héroïne symboliserait la jeunesse, pleine d’incertitudes et d’espoirs. Mais la dictature vieillissante menée par le père (dans le film) et par Franco (dans la réalité), fondée sur la domination de l’Église, d’une bourgeoisie imbue de sa personne, et de l’armée, est vouée à la mort, comme l’indique le décès du père (dans le film, toujours), suivi de près par celui du général (en 1975). La fin, dans laquelle l’héroïne quitte la maison en compagnie de ses soeurs, n’est-elle pas l’esquisse d’un optimisme retrouvé, avec enfin une ouverture possible sur le monde ? Dans les faits, la fin de la dictature franquiste ne relance pas immédiatement le processus créatif du cinéma espagnol. Il faudra attendre pour cela la Movida et son rejeton le plus emblématique, Pedro Almodovar. » (Carlotta)

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Information sur la copie

DC, Espagnol s-t. FR

Titre original
Cría cuervos
Titre allemand
Züchte Raben...
Autre(s) titre(s):
Cria Cuervos
De
Carlos Saura
Avec
Géraldine Chaplin, Mónica Randall, Florinda Chico
Producteur(s)
Elías Querejeta
Scénariste(s)
Carlos Saura
Photographie
Teo Escamilla
Musique
Federico Mompou, José Luis Perales
Montage
Pablo G. del Amo
Société(s) de production
Elías Querejeta Producciones Cinematográficas S.L.
Genre(s)
Drame
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